La peste apparaît pour la première fois en Europe et dans le bassin de la Méditerranée en 541-542, au temps des rois mérovingiens et de l’empereur Justinien. Chaque année, elle prélève son lot de victimes dans la population, affaiblie par la misère et l’insécurité propres aux temps barbares. Puis, à partir de 767, au temps de Charlemagne, les chroniques en perdent la trace… mais elle reste endémique en Orient, en Inde et en Chine.

La peste bubonique (avec apparition de «bubons» ou tumeurs à l’aine) fait sa réapparition en 1320 en Mongolie. De là, elle se répand alentour et atteint la mer Noire fréquentée par les Génois. Ceux-ci vont imprudemment l’amener jusqu’à Marseille.

En accostant à Marseille le 1er novembre 1347, ils vont ouvrir au fléau les portes de l’Occident.

L’épidémie se développe d’autant mieux et plus vite que la population est épuisée. Après trois siècles d’expansion démographique, l’Europe est saturée d’hommes que les sols peinent à nourrir. Les disettes, famines et «chertés» se font plus fréquentes et à ces pénuries alimentaires s’ajoute la guerre entre Français et Anglais.

Les Européens croient au début que les miasmes de la peste se répandent par voie aérienne. Aussi n’ont-ils rien de plus pressé, lorsque l’épidémie atteint une ville, que de fuir celle-ci. Le poète Boccace raconte cela dans le Décaméron, son recueil de contes écrit après que Florence ait été atteinte par la Grande Peste de 1347. Cette fuite est la pire attitude qui soit car elle a pour effet d’accélérer la diffusion de l’épidémie.

La «Grande Peste» ou «Peste noire» va ainsi tuer en quelques mois jusqu’à 40% de la population de certaines régions, ressurgissant par épisodes ici ou là. En quatre ans, 25 à 40 millions d’Européens vont en mourir. Par milliers, des villages sont désertés. Les friches, la forêt et les bêtes sauvages regagnent le terrain perdu au cours des deux siècles précédents qui avaient vu les campagnes se développer et se peupler à grande vitesse…

Mais, dès la génération suivante, la vie reprend le dessus. Paysans et manouvriers, profitant de la raréfaction de la main-d’oeuvre, imposent aux seigneurs et aux employeurs des libertés nouvelles et des augmentations de salaires. Ces revendications s’accompagnent de graves crises sociales, la plus célèbre étant la Grande Jacquerie de 1358.

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