Mon réveil, ce jour, a été illuminé par la réception d’un sms au moment où j’ai allumé mon portable. Le message était d’un ami très proche qui me confessait avoir prié ce matin. Cela a peut-être très peu de sens pour vous, mais cela illustre pour moi exactement la nature spécifique de la foi chrétienne par rapport aux autres monothéismes. Il faut juste savoir que mon ami avait peu ou prou lâché la foi chrétienne depuis trois ans et qu’il ne semblait pas s’en porter moins bien.

De ma lunette, cette distinction chrétienne dans la foi est ce rapport direct et personnel avec Dieu, là où l’Islam, par exemple, ne propose en fin de compte qu’une soumission à un code civil et moral. Il est aussi question dans la foi chrétienne d’un combat (Saint Paul) ; l’idée centrale en est que la foi ne tombe pas magiquement du ciel, que la pratique chrétienne sous-tend un questionnement et un débat permanent avec le sceptique qui est en vous. De fait, rien n’est moins évident que cette foi. Sa nature réelle est aux antipodes de l’image d’Epinal de la grenouille de bénitier qui réduit l’usage de la foi à la pratique de la messe et des sacrements. Ce que je veux signifier est qu’un chrétien n’est pas un être qui chemine dans l’existence avec la certitude placide et bovine d’un paradis à venir. Elle est rarement là pour apaiser et serait même plutôt une provocation perpétuelle pour l’intelligence et le bon sens.

Comme il est souvent question chez Suavelos de refrancisation et donc, avant tout, selon moi, de recatholicisation, je ne peux que vous exhorter à redécouvrir ce « mystère » de la foi chrétienne. Et peut-être que vous comprendrez cette distinction dont je parle, et qui fait d’un christianisme bien compris le contraire même d’une religion bourgeoise bien confortable (l’image qu’en donne trop souvent les médias).
Faites ce que j’ai commencé à faire il y a dix ans avec cet ami dont je vous ai parlé : lisez la bible, Saint Augustin, Saint Thomas d’Acquin, lisez nos grands auteurs catholiques, Claudel, Huysmans, Bloy, lisez Dostoïevski aussi ; puis, un jour, si vous vous sentez prêts, il sera alors temps d’aller à la messe. Surtout : prenez votre temps, allez-y à votre rythme. Mais le mieux reste sûrement de faire préluder toute cette passion à venir pour vous par la pratique très simple de la prière. Employez votre langage d’abord, adressez-vous à Dieu comme il vous sied. Tutoyez-le, même, si vous le sentez ainsi. Rien de plus contraire au christianisme que la prière systématique et impersonnelle de l’islam. Notre Dieu ne vous demande pas une soumission aveugle à ses Lois mais une acceptation de sa présence en vous. C’est là le « mystère », l’un de ses « mystères » (et ils sont nombreux).

Enfin voilà, je voulais simplement, pour une fois, vous faire partager mon enthousiasme du jour. Et en inspirer peut-être quelques uns à se mettre au seul travail qui vaille.

Claude Marion