Rome, ville ouverte

Ou comment ne pas brader son héritage en échange de petits fours et autres dessous de table...

Enfin un bon maire en Europe !

 

Virginia Raggi a pris une décision saine et intelligente, en ne présentant pas la ville de Rome, capitale de l’Italie dont elle est la scintillante mairesse, comme candidate potentielle à l’organisation des J.O 2024.

 

Evidemment, pour certains français élevés avec l’idée que l’apparence et le prestige international priment sur toutes choses, une décision de ce genre paraît insensée. Faire passer les intérêts du peuple avant n’importe quel coup de promo pour montrer qu’on est un épatant ambassadeur, qui réussit de splendides réceptions où l’on mange des Ferrero rocher, ne viendrait sans doute pas aux amis de François Hollande. Ils sont si fiers d’avoir pu recevoir l’Euro de football 2016, et quel succès d’ailleurs ! Comme si, à l’étranger, cela pouvait bien faire oublier les attentats du Bataclan, et de Nice qui ont suivi…

 

Virginia Raggi invoque une raison évidente pour expliquer ce refus : ne pas endetter la ville plus qu’elle ne l’est déjà. On nous explique souvent, et à tort, pour justifier nos candidatures françaises quasi systématiques (J.O, hiver, été, coupe du monde, championnats de ceci ou de cela) que ces festivités donnent un coup de fouet exceptionnel aux activités touristiques de la cité organisatrice. Mais rien n’est plus faux. Si les commerçant se remplissent les poches pendant la quinzaine olympique, c’est vrai, cela ne compense en rien et JAMAIS les immenses coûts liés à la préparation d’un tel événement, ni à la création des infrastructures nécessaires à l’accueil et au bon déroulement d’épreuves sportives de plus en plus variées. Virginia Raggi explique à ce titre que les frais des Jeux Olympiques de Rome en 1960… n’ont pas fini d’être remboursés aux banques italiennes !

 

On s’étonne d’avoir à saluer des choix politiques dictés par le bon sens, et qui servent réellement le pays ou la commune dont un chef a la charge. Mais c’est si rare de nos jours qu’on croirait avoir à faire alors à des gouvernants extraordinaires. Raggi a également insisté sur l’importance de conserver la belle Rome en l’état, sans l’augmenter d’un village olympique fait de béton et d’architectures futuristes qui pourraient recevoir hypothétiquement toutes les délégations de la planète. Le motif du retrait de candidature est donc économique, social et urbain. Il prouve aussi qu’un NON ferme, et parfois plus structurant et réfléchi qu’un oui d’impuissance.
On se souvient que les chinois n’avaient eu aucun scrupule à détruire des vieux quartiers en plein Pékin pour les beaux yeux d’une compétition de 15 jours les obligeant à construire des stades qui ne seront plus jamais utilisés ensuite. Peut-on dire des JO de Pékin qu’ils ont propulsé la Chine dans la légende des siècles ? Je ne le pense pas. Un rayonnement international si court ne satisfait que l’égo des mauvais patriotes. Ceux qui pensent qu’il suffit de se faire « bien voir » par la presse étrangère pour devenir un grand pays.

 

La modestie et l’intelligence politique de la ravissante Raggi sont honorables. Naturellement, les critiques commencent à pleuvoir sur elle en averses, et le crime qui consiste à faire passer le bonheur des romains avant la réputation de la ville, ne lui sera peut-être jamais pardonné. En attendant, nous lui envoyons tout notre soutien et souhaitons à la France des élus de cette trempe.

 

Daniel Conversano

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