Montée de l’insécurité, retour du patriotisme, réaction face à la menace islamique… quelles qu’en soient les causes, le service militaire a le vent en poupe. Vingt ans après sa suppression, cela a de quoi surprendre, tant il est vrai que l’Armée, par l’action conjuguée de l’abandon soixantehuitard des valeurs traditionnelles, des dérives du service civil et, il faut le dire, de l’incurie de certains gradés, a engendré une haine méprisante de tout ce qui la touche de près ou de loin dans le cœur de toute une génération.

L’inertie de cet antimilitarisme est grand, et ses ressorts toujours tendus : renvoyer une génération de jeunes au sein de casernes décrépites, encadrés par des officiers sans budget ni vocation, reviendrait ni plus ni moins à briser en eux toutes velléités patriotiques et les transformer en gauchistes hoplophobes. Les plus mauvaises langues diront d’ailleurs que c’est le but de la manœuvre…

Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, il est donc à mon sens inenvisageable de revenir au service militaire « à la papa ». Oui mais alors quoi ? Cette question, le Capitaine Gérard Delas, mort il y a quelques mois à peine, se la posait déjà il y a 40 ans. Et sa réponse n’est pas dénuée d’intérêt :

Extrait du Libre Journal de Serge de Beketch ( 15/03/95)

Je ne peux qu’abonder dans ce sens. Inculquer à nos enfants les valeurs d’amitié et de dépassement de soi en cette sombre période d’individualisme forcené, les libérer de l’apraxie trouducutoire en leur laissant la chance de se prouver à eux-même qu’ils peuvent mener à bien de grands projets collectifs, voilà qui serait proprement le signe d’une révolution nationale. Scoutisme étatique ? Sans doute… Retour aux Chantiers de Jeunesse ? Peut-être… ou bien au Komsomol pour les nostalgiques d’oncle Joe…

A dire vrai, peu importe. Même des « Jeunesses Républicaines », dégoulinantes de novlangue vivre-ensembliste mais faisant toucher du doigt par nos ados, menacés du dépérissement de l’ère du vide, la satisfaction de faire quelque chose de leurs mains et la découverte de leur corps par le sport et l’effort, plutôt que par youporn, seraient objectivement et moralement justes.

Tout le tragique – et la beauté à la fois – du grand maelstrom qu’est notre époque exige de nous courage, opportunisme et pragmatisme. Les défis à relever sont colossaux, mais le retour en force dans l’opinion publique du service militaire obligatoire est un indicateur intéressant, surtout mis en parallèle avec les sondages très favorables au retour de l’uniforme à l’école.

Fukuyama est un con, le pays réel commence à se lever…

Troll Barbu