Renaud, où c’est que t’as mis ton flingue ?

De « Où est ce que j’ai mis mon flingue » à « J’ai embrassé un flic »
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Je suis né en 1990. Seule réussite du mariage d’un Dauphinois de gauche mais avec une poignée de valeurs, et d’une Savoyarde de gauche avec elle aussi une poignée de valeurs.

 

Mon père, donc, né en 1964, se chargea très tôt de faire mon éducation musicale, à défaut de s’occuper du reste : de Gainsbourg à Dire Straits, de ZZ Top à Brassens, et de Status Quo à Brel, j’ai eu je crois la chance de manger de tout (et parfois de n’importe quoi si on compare à ce que me fit écouter ma mère, véritables séances de souffrance). L’adolescent de gauche que j’étais (même si j’ignorais ce qu’était la gauche!) découvrit donc, parmi ces suprêmes délices pour les oreilles, Renaud, le chanteur bourgeois qui a toujours voulu être un prolo.

 

Immédiatement, j’adhérai à son chant, à ses peines de cœur (« Pierrot », « Manu »), sa vie familiale (« Morgan de toi », « Mistral Gagnant  »), sa vie de loubard (« les aventures de Gérard Lambert  ») et à sa colère ardente (« Hexagone », « Où est ce que j’ai mis mon flingue »), contre tout, contre le monde, contre les puissants, contre l’Etat, et… Contre les flics.

 

Même si aujourd’hui, je ne suis plus de gauche, j’ai gardé une certaine méfiance à l’égard de la police et des forces de l’ordre de façon générale. Etant d’un naturel méfiant envers l’Etat, étant maurrassien, je suis enclin à fuir les interventions de celui-ci dans mes affaires privées, et ce même quand il s’agit d’un banal contrôle de police. Et l’Etat d’urgence, qui fait tant bander certains fafs Idiots, me fait à ce titre plutôt peur qu’autre chose : si l’esthétique militaire me plait, cela ne signifie pas pour autant que j’aime à voir des chasseurs alpins défiler par groupes de quatre dans Grenoble.

 

Mais revenons à Renaud. Quelle déception de voir notre chanteur lâcher la bouteille pour venir nous raconter son amour de la police, chaudes larmes aux paupières. Ah, il fallait bien un attentat islamiste, puis deux, puis trois (quatre, cinq ? Combien encore?) pour que le Français se réfugie courageusement derrière les boucliers et les épaules renforcées de ses CRS et policiers de la BAC !

 

Et puis, le printemps et les manifestations revenus comme les oiseaux migrateurs, on scande à nouveau des « CRS SS » et des « Police assassin ! » ; on tague « Police partout, justice nulle part » ou « ACAB » sur les murs. Mais pas Renaud. Renaud est sage. Adieu le chanteur de gauche, anti Etat, pro palestinien : monsieur Séchan veut être respectable. Alors il lâche la cause palestinienne, se prosterne, rampe, demande pardon. A tout le monde, à qui veut l’entendre. Mais rien n’y fait : « J’ai embrassé un flic » est un texte insipide chanté par un vieillard agonisant et laid. Renaud, t’es devenue une caricature de toi même, de ce que tu craignais. Où c’est que t’as mis ton flingue ?

 

La Chouette Aveugle

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