Partir pour mieux revenir

Palingenesia nous parle du voyage

 

 

Voyager re-françise !

 

 

Tout le monde connait le lieu commun suivant « les voyages forment la jeunesse ». Expression tellement banalisée qu’on ne se rend pas compte que sa réciproque est stupide : ainsi donc, les gens qui ne voyageraient pas seraient moins biens, moins intéressants, moins formés ? Auraient raté quelque chose ? Seraient fermés d’esprit et inaptes à la réflexion ?

 

 

Il est clair qu’un étudiant qui part un semestre boire des bières avec ses compatriotes européens, reviendra probablement bilingue en apéros, doté d’excellentes notes aux examens auxquels il ne se sera pas présentés (on est sur-notés quand on est en Erasmus), sera prêt à affronter les défis de la Vie dès son retour (c’est-à-dire ses prochaines inscriptions universitaires, ou ses rattrapages), et bien sûr, aura rencontré des gens géniaux, accueillants, avec qui il envisage de changer le monde parce que les Français sont quand même hyper ennuyeux et jamais contents, et que le dialogue et surtout, le mélange des cultures, c’est génial.
La plus-value est énorme, il n’y a pas à tergiverser… D’ailleurs, L’Auberge Espagnole (film de Cédric Klapisch) nous le démontrait déjà parfaitement sur grand écran il y a maintenant plus de 10 ans.

 

 

Oui, c’est un peu cliché, mais c’est comme pour les légendes, il y a toujours une part de vrai et d’intemporel là-dedans.

 

 

Pourtant, on dit souvent aussi que les gens qui voyagent vont chercher ailleurs ce qu’ils ne peuvent pas trouver ou comprendre, en restant dans un quotidien qu’ils ne connaissent que trop et qui les a façonnés.
Voyager, dans ce cas-là, c’est se prendre son reflet en pleine figure et en découvrir les moindres détails, les plus réussis comme les plus obscures.

 

 

Il est vrai qu’en France, être jeune est presque une maladie grave, surtout de nos jours. Etre jeune et Français, ça commence à faire beaucoup. Pendant ta scolarité, on t’apprend à ne pas aimer ton pays, à ne pas t’aimer toi-même, on te culpabilise pour les fautes passées (et à venir!), on te dit que ce sera à toi de changer le monde, tout en refusant de t’en donner les moyens, et de toute façon tout ce que tu veux faire, avec tes dix doigts ou avec tes neurones, ça ne sert à rien… bref, TU ne sers à rien, on n’a pas besoin de toi.

 

 

Et c’est là que tu pars. Oui, devant l’étendue des impossibilités (^^) qui s’offrent à toi, tu choisis, pour des raisons de préservation de santé mentale, de t’exiler, en espérant trouver l’herbe plus verte ailleurs, car en France, l’air est clairement irrespirable.

 

 

Arrivé en terre inconnue et confronté à l’altérité, à l’inconnu, au différent, il n’est pas rare de vivre un bon choc culturel qui réveille. Une fois dissipés les premiers émois positifs, la lune de miel se termine doucement mais sûrement et fait place à la cruelle réalité.
Là, tu constates, ébaubi, perplexe, et tu éprouves dans tout ton être que non, tu n’es pas comme les gens autour de toi, physiquement, mentalement, sentimentalement, culinairement, philosophiquement …Tu auras beau faire tout ton possible pour faire comme (ce qui est, en plus, complètement déstabilisant, énergivore et chronophage. On ne devient jamais ce qu’on est pas. Même quand on apprend le japonais à fond, on ne devient pas un japonais), tu ne pourras jamais être comme eux. Et on te le fera toujours remarquer d’ailleurs, même dans les cultures les plus accueillantes de la planète

Car oui, la Culture, ça existe. Et il y a des frontières invisibles entre chaque culture. Et elles sont infranchissables !

 

 

C’est là que le bât blesse : tu quittes ton pays parce qu’il ne veut plus de toi, que tu l’aimes ou pas (après tout c’est donnant-donnant), tu pars, et on te fait comprendre que tu es et demeureras le Français du coin pour toujours. Situation qui prête à sourire. En France, l’identité française est niée jusqu’à sembler inexistante. Ailleurs, tu « pues » la France et tout le monde te rappelle toujours que tu agis comme un français, en français.

 

 

Mais ça a tout de même un effet positif. Ca nous apprend à aimer être ce qu’on est. On l’accepte, on est souvent davantage fier d’être Français… loin de la France. L’Autre nous fait sentir, nous fait comprendre qu’être Français, ça veut dire quelque chose, et que ça véhicule beaucoup de chose qu’on ne soupçonne pas de prime abord, et qui siège profondément en nous-mêmes. Y compris en 2016, à l’heure de la mondialisation et d’une certaine uniformisation des esprits. Nous ne sommes pas encore tout à fait devenus des hamburgers.

 

 

Ce n’est pas bien ou mal, c’est comme ça. Il faut l’admettre, en être conscient, et l’assumer. Voyager permet de prendre conscience qu’on est (naît) bien Français, malgré tout, et qu’on le sera pour toujours.

 

 

Alors si voyager peut vous permettre de ressentir cela, peut avoir un effet identitaire électrochoc, alors voyagez. Ne voyagez jamais pour prendre la fuite, se fuir soi-même ne résout jamais rien, n’allez pas consommer du voyage, mais allez vous retrouver, allez redonner vie à votre âme française.

 

 

C’est une expérience presque ineffable mais qui, avec le temps vous permettra de comprendre que la Culture Française est un trésor dont nous sommes tous dépositaires et responsables.
Ne perdez pas le nord. Vous êtes des descendants de Gaulois. Un sang coq et fier coule dans vos veines bleues marine.

 

 

Palingenesia

 

 

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