No more French bashing !

« Les seuls soldats qui sont vraiment là pour se battre sont les américains, les britanniques et les français »

Il y a parfois des clichés qui persistent et dont on ne sait pas d’où ils viennent. Parmi ces clichés, vit encore celui du militaire français lâche, peu compétent et trouillard. La raison ? Personne ne le sait vraiment en vérité. Les américains les plus jeunes (et les moins informés sur l’histoire militaire de notre pays) ont toujours en tête la débâcle de 1940 ou le refus français d’entrer en guerre en Irak en 2003. Ce cliché qui perdure ne met pas notre armée en valeur en dehors de nos frontières. Et pourtant, en 2009, Chris Hernandez, membre de l’US Marine Corps a passé plusieurs mois avec des unités française en Afghanistan. Bien que son témoignage date un peu (2013), en voici une traduction condensée qui, je pense, sera appréciée des plus jeunes ou de ceux n’ayant jamais eu l’occasion de lire cette confession, et donnera une autre vision de nos valeureux soldats. En résumé, pour Chris Hernandez « travailler avec les français a été l’un des meilleurs moments de ma carrière militaire ».

 

Soldats américains, français et afghans

Soldats américains, français et afghans

 

A chaque fois que j’ai dit avoir travaillé avec les français, on me rétorquait toujours les mêmes choses : « ah, parce que les français ont une armée ? » ou « se sont-ils rendus le jour où vous êtes arrivés ? ». Parfois même, des insultes ou des remarques blessantes du genre « oh tu as dû travailler avec la Légion Étrangère…ils ne sont pas vraiment français ».

 

Tous ces commentaires m’énervent vraiment. Et surtout, ils sont tous entièrement faux. J’ai servi avec quelques légionnaires mais surtout énormément avec l’armée régulière. Et peu importe ce que sont les français, le peuple ou son gouvernement : leurs soldats sont courageux, très bien entraînés, dans une forme physique impeccable et très agressif. Qualifier les soldats français de lâches est une pure injustice. Mais je dois l’admettre : j’avais une mauvaise image des soldats français avant de servir à leur côté. Au Kosovo, l’armée française avait pour réputation d’être inefficace et politisée. J’ai pu échanger avec un gendarme, qui n’aimait pas non plus sa propre armée.

 

Début 2009, quand on m’a dit que j’allais dans une base française en Afghanistan, j’étais un peu inquiet. Je ne parlais pas français, je n’avais pas de vision positive des soldats et j’avais surtout peur d’être coincé avec des gens ne voulant pas aller au combat. J’ai passé tout mon temps en Irak dans un humvee à faire des escortes. En Afghanistan, je voulais passer le plus de temps possible à pied avec des combattants. Et les français n’avaient pas l’air d’être ce genre de types. Et puis j’ai commencé à enquêter. J’ai rencontré des américains qui ont été en Afghanistan et je leur ai demandé ce qu’ils pensaient des français. Ils m’ont dit quelque chose auquel je ne m’attendais pas, mais alors, pas du tout, et que pourtant, j’entendrais plusieurs fois au cours de mon déploiement : les seuls soldats qui sont vraiment là pour se battre sont les américains, les britanniques et les français.

 

Evidemment, cette phrase n’était pas entièrement juste. Les Australiens et Canadiens, de même que les Allemands (qui eux aussi ont mauvaise réputation pour une raison que j’ignore) ont tout autant de mérite. De même que l’armée nationale Afghane, très agressive et toujours prête à en découdre. Mais cette phrase mettait surtout en lumière une vérité déplaisante. Visiblement, plusieurs pays envoyèrent des troupes en Afghanistan sous la pression politique des Américains. Ces troupes avaient pour ordre soit de rester dans la base, ou lors de déploiements, de ne prendre aucun risque. Difficile de leur en vouloir : pourquoi prendre le risque de perdre la vie pour une cause à laquelle vous ne croyez pas ?

 

Chris Hernandez et un sniper français. Chris porte le camouflage français car il le trouvait plus efficace que l'UCP américain.

Chris Hernandez (à gauche) et un sniper français. Chris porte le camouflage français car il le trouvait plus efficace que l’UCP américain.

 

Quand je suis arrivé en Afghanistan, une embuscade ayant impliqué des soldats français a eu lieu 6 mois plus tôt et plusieurs d’entre eux perdirent la vie. Cette embuscade était encore très vive dans les mémoires des français. Et puis je suis resté avec eux pendant 9 mois : j’ai appris à parler français, suffisamment bien pour que je puisse relayer les infos entre américains et français à la radio. A cette période, j’étais le seul américain prenant part à des missions françaises et j’ai réalisé que toutes mes suspicions à leurs sujets étaient infondées. A partir de ce moment, à chaque fois que j’entendais que les français étaient des lâches, cela me révoltait.

 

Il y a une GROSSE différence entre les américains et les français

 

Dans l’armée américaine, les militaires sont souvent considérés comme des gamins débiles, sans cerveau. De plus, les généraux américains étaient persuadés que l’alcool était un problème sur la base, et que permettre aux troupes américaines de décompresser d’un combat avec une bière ou deux nous transformerait en des bêtes enragées, incontrôlables, prêtes à tuer n’importe qui. Les français, eux, n’avaient pas ce genre de problème. Beaucoup d’américains m’ont demandé : « est-il vrai que les français ont du vin pour le dîner mais également dans leur ration de combat ? ». La réponse est oui et non. Ils ont effectivement un peu de vin au dîner, mais parfois également au déjeuner. Par contre, pas de vin dans les rations militaires. Désolé les gars !

 

Chris Hernandez en mission

Chris Hernandez en mission

 

La base dans laquelle j’étais avait trois bars. Et les français pouvaient avoir tout l’alcool qu’ils voulaient dans leurs tentes. Ils savaient simplement se maîtriser, et ne pas dépasser les limites. Ils sont aussi plus réfléchis et souvent plus éduqués. Une fois, j’ai eu une conversation, en anglais, avec un capitaine français à propos des choses stupides qui se passent dans l’armée américaine. Je n’oublierais jamais ce capitaine, détendu avec sa bière à la main, sans gilet, sans casque, avec ses troupes derrière lui partageant un bon repas, me dire en souriant « toutes ces choses n’existent pas dans l’armée Française ».

 

Une autre grosse différence : le harcèlement sexuel. Les américains se font constamment rappeler les sanctions en cas de harcèlement sexuel, ou si ils en sont témoins et refusent de le dénoncer. C’est un problème très répandu chez nous. Lors d’une présentation, j’avais décidé d’inclure une image comique, un chien se tenant sur un pôle, à la manière d’une strip-teaseuse. Humour débile certes, mais humour quand même. Et bien mon image a été enlevée, de peur qu’elle blesse les officiers féminins qui ont pu être strip-teaseuse ou même les officiers masculins, mariés à une danseuse du même genre. Peu importe la raison, cette photo était hors limite de la morale de l’armée américaine.

 

Soldats français en Afghanistan - Photo par Thomas Goisque

Soldats français en Afghanistan – Photo par Thomas Goisque

 

Je me demandais donc comment les français auraient réagis à cette photo…

 

Quand mon équipe commença l’opération, les français firent une petite fête pour le départ de l’équipe qui les précédait. Hommes et femmes, officiers ou non, échangeaient ensemble avec de la nourriture et du vin. Les Européens ont l’air fan de Dj-ing, et un officier français diffusa de la musique sur un mur avec un ordinateur et un projecteur. Certaines de ces vidéos étaient parfois limite, on pouvait y voir des femmes très dénudés se trémoussant. Voila. Des vidéos tendancieuses, diffusés sur un mur, avec du son à fond. Et j’ai vu cela plus d’une fois. Et bien devinez quoi ? TOUT LE MONDE S’EN FOUTAIT. Personne ne s’est plaint de harcèlement sexuel.

 

Un de mes amis français m’a gentiment fait des remarques sur la mentalité puritaine des américains. Il avait raison. Visiblement, les hauts-gradés français n’attendent pas seulement que leurs soldats se battent : ils veulent aussi qu’ils profitent des plaisirs simples de la vie. En parlant de combat, et contrairement à ce que de nombreux bien-pensants américains déclarent à tout va, les français aiment se battre et ne s’enfuient pas au courant au moindre contact. Ils aiment avancer sur l’ennemi et tirer. Beaucoup.

 

Quand nous avons pénétré dans la vallée, les français ont tiré une sacrée quantité de munitions. Des mortiers de 81 et 120 mm. Des missiles anti-tank Milan, sur des cibles de hautes valeurs. Leurs tanks faisaient de gros trous fumants dans les bâtiments Talibans. Ils firent appels de nombreuses fois aux frappes aériennes (d’avions américains au début, les chasseurs français prendront le relai peu après). Un véhicule français a été touché par un RPG et son pilote tué. Les français ne furent pas paralysés par la perte de l’un des leurs et continuèrent d’avancer. L’une des choses les plus inspirantes que j’ai vu était un groupe de soldats français allant chercher le corps de leur camarade dans ce même véhicule un peu plus tard dans la nuit.

 

Soldats français en Afghanistan - Photo de Marc Charuel

Soldats français en Afghanistan – Photo de Marc Charuel

Les troupes de montagnes ont été en contact plusieurs fois durant leur déploiement. Quelques-uns de ces contacts ont été intenses, et prolongés. Je crois que le nombre d’accrochage est monté jusqu’à 90, pendant leur déploiement de 6 mois. Aucune unité n’a jamais fui le combat. Un des grands avantages des français était leur utilisation des tanks. Nous, les américains, avons une force armée parfaite pour détruire des T-80 mais pas vraiment adaptée au combat contre les insurgés dans les vallées montagneuses. Les AMX-10 français étaient parfaits pour ce genre de combat. Ils ont été d’une grande aide. Une nuit précédente une grande opération, vers 3 heures du matin, je suis réveillé par une grosse explosion. Je demande à un Marine ce qu’il se passe et ce dernier me répond : « Je ne sais pas, mais quelque chose est passé au dessus de nous ». Quand le soleil fit son apparition, je vis un AMX-10 au loin sur la montage, sur un chemin étroit. Ce tank avait suivi ce chemin, de nuit, pour traiter plusieurs cibles ennemis. Si le tank déviait un peu trop de ce chemin, il tombait et dévalait la montagne. Je peux vous dire que piloter un tank en montagne dans ces conditions ne peut pas être l’œuvre d’un lâche.

 

Une autre chose qui me frappa était la forme physique du soldat français

 

Comme je vous l’ai dit auparavant, le soldat français dans sans globalité est en excellente forme physique. Je ne dirais pas qu’il est foncièrement meilleur que les américains mais les français étaient en bien meilleure forme que la plupart des Marines qui étaient avec eux. J’ai fait plusieurs missions avec un sniper avec qui j’ai noué de forts liens. Il faisait quelque chose comme 1m70 pour 70 kg. Durant ses missions, il emportait le porte-plaques, un fusil de sniper calibre .50, un sac avec son matériel…et une FN Minimi. Il refusait en effet d’emporter avec lui le FAMAS car il pensait que si sa position était découverte, il aurait besoin de plus de puissance de feu. Je suis parti en mission plusieurs fois avec lui et je ne l’ai jamais vu ralentir ou flancher. Une fois, sa Minimi tomba en rade au stand de tir. Il vint me voir et me demanda si je pouvais le dépanner. Je lui répondis que nous n’avions que des M4, des M14 et une M240B. Intérieurement, je me dis qu’il est impossible de transporter un snipe ET une 240, qui est bien plus lourde qu’une Minimi. Mais le français ne broncha pas. Il a demandé à voir les munitions et je lui donnais une centaine de cartouches en bandoulière. Puis il me dit : « OK, ça devrait le faire. 100 cartouches de chaque côté de mon gilet, 100 dans l’arme et 300 dans mon sac. Ça ne devrait pas être trop lourd…puis-je te l’emprunter s’il te plait ? ».

 

Un français avec le M14EBR de Chris Hernandez

Un français avec le M14EBR de Chris Hernandez

J’étais sur le cul. Le poids des cartouches seules aurait tué mon vieux dos de 38 ans. Un peu plus tard, ses camarades lui dirent ce que je pensais et il ne fut pas autorisé à partir avec autant de poids. Le sniper fut très déçu. Finalement, ce fut la bonne décision. Peu après, pendant la mission, nous avons été accrochés sur le sommet d’une montagne. Trois soldats français tombèrent. Cette mission fut la plus difficile physiquement de toute ma carrière, et je portais une charge légère. Et pourtant, je n’ai pas vu un seul français se plaindre de devoir grimper la montagne, ou même souffrir pendant la descente après le combat. Je n’en ai vu aucun se replier, alors qu’on nous en avait pourtant donné l’ordre.

 

 

En terme de relations, il était facile de travailler avec les français. A vrai dire, plusieurs semblaient fiers de servir au coté des américains. Une des choses qui m’a impressionné était que beaucoup de troupes de montagnes portaient des patches de la 82nd Airborne et de la 101st Airmobile. Les français étaient aussi très attirés par nos armes, et ne manquaient jamais une opportunité de s’entrainer avec nous. Ils étaient aussi très réceptifs lorsqu’il fallait intégrer des américains dans leurs équipes. Mon équipe, et plusieurs autres, avons développé des liens très forts avec les français, et nous sommes d’ailleurs toujours très proche aujourd’hui. Un soldat français devenu ami est venu me rendre visite au Texas, et j’en attends un autre dans quelques semaines. Un autre a immigré aux Etats-Unis, s’est marié à une américaine et attend aujourd’hui sa citoyenneté américaine. Je serais très fier de l’accepter en tant qu’américain.

 

De vrais guerriers

 

L’armée française est une bonne armée. Elle n’est pas parfaite, mais nous ne le sommes pas non plus, et à vrai dire, personne ne l’est. De manière globale, les soldats français sont extrêmement dévoués, compétents et courageux. Et nous arrivons à mon objectif. Car oui les gars, je n’ai pas écrit tout ça pour vous distraire. Je l’ai écrit comme un appel. Je demande aux américains, plus spécialement les militaires américains, de reconsidérer tout ce qu’ils peuvent penser des soldats français. La France est partie en guerre en Afghanistan, et perdit presque une centaine d’hommes là-bas. Mais ce n’était pas la France qui était attaquée. Les français se sont battus pour nous, et avec nous, car nous étions attaqués et la France est notre alliée, depuis toujours. Ils n’ont jamais rompu le combat. Aujourd’hui (en 2013, NDLR), les français se battent contre notre ennemi commun en Afrique. Ils méritent votre respect pour ce qu’ils ont fait en Afghanistan et ce qu’ils continuent de faire aujourd’hui. Les vieilles blagues ou les articles satiriques sur les français essayant de se rendre à l’ennemi ne sont pas des clichés stupides. Ce sont des insultes crachées aux visages de ces hommes et femmes courageux qui se sont battus à nos côtés, en tant que nation alliée, mais surtout en tant que soldat.

 

Alors lâchez un peu ces blagues de mauvais goûts, et montrez le respect auxquels ils ont droit.

 

Chris Hernandez

 

NDLR : le témoignage complet en anglais de Chris Hernandez est disponible ici

 

MyWelkit

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