Que veulent dire ces mots ?

Avant de discuter des différences entre nationalisme et traditionalisme, et d’expliquer en quoi l’un n’implique pas l’autre nécessairement, il est impératif de donner une définition claire de chacun de ces concepts.

Le nationalisme consiste à établir la nation en tant que valeur suprême, tout étant jugé et réfléchi au regard de son impact sur la nation : est bon ce qui favorise son épanouissement, est mauvais ce qui la menace ou lui nuit.
Une telle définition entraîne certaines difficultés :

– Comment la marier à d’autres doctrines se posant en valeurs suprêmes elles aussi (comme une religion) ?
– Quel est le sens de « nation » ?

La première difficulté est souvent résolue par les individus adhérant à d’autres doctrines suprêmes en considérant que l’imposition de ces autres doctrines à la nation ferait son bien. Le nationalisme authentique, cependant, fait l’inverse : il évalue ces autres doctrines au regard de leur impact sur la perpétuation et l’épanouissement de la nation. Et de son intérêt seulement.

Le sens du terme nation est une difficulté récurrente : la définition de la nation comme adhésion collective a un système gouvernemental déifié, en France, fait de lourds ravages. C’est cependant une corruption du sens de nation – mot venant du latin natio signifiant peuple, tribu, progéniture, engeance. La nation n’est pas uniquement un contrat social, c’est d’abord une communauté de sang. La définition ethnique de la nation est la seule qui vaille – et le racisme est son extension logique ; race et nation étant deux échelles successives dans l’ordre des groupes auxquels nous appartenons.

En 1882, dans Qu’est-ce qu’une nation ?, qui influa durablement la conception française de la nation, Ernest Renan écrivait que « l’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue ».
Mais en vérité, comme je l’avais écrit un jour :
La race et la langue sont les deux éléments les plus fondamentaux d’une nation. Naître au sein d’une communauté, ce n’est pas en être l’esclave : sans elle, on ne serait rien. C’est elle qui nous donne tout ce que nous sommes et serons, et la servir en retour n’est que la plus saine des loyautés.

Le nationalisme étant maintenant défini, venons-en au traditionalisme.
Le traditionalisme est décrit ainsi par l’encyclopédie Universalis : « Éviter toute rupture avec la tradition, parce qu’elle est le siège de la vérité, préserver les anciennes formes et valeurs politiques, religieuses, morales, parce qu’elles sont l’expression spontanée des vrais besoins d’une société, telle est l’essence du traditionalisme. »
C’est, me semble-t-il, une définition adéquate.

 

Un nationalisme trop souvent confondu avec le traditionalisme

 

En France, la confusion entre nationalisme et traditionalisme est commune.
Posant la préservation raciale et nationale comme sacrée, je me décrirais bien comme une « nationaliste intégrale », mais ce terme fut utilisé tout autrement par Maurras il y a un siècle de cela.

Charles Maurras fut pendant une quarantaine d’années à la tête de l’Action Française qu’il créa peu ou prou ; organisation royaliste, catholique et selon lui nationaliste.
Si aujourd’hui l’Action Française s’est repliée sur un royalisme sans ambition [cet avis n’engage que l’auteur de l’article, pas Suavelos], elle a durablement influencé le milieu nationaliste français, et il est indispensable d’en revenir aux écrits de Maurras pour mieux comprendre cette tentative de mélange entre nationalisme et traditionalisme.
La concision dans la pensée n’est pas le fort de Maurras, mais je sélectionne ici les quelques passages les plus révélateurs, avant d’en synthétiser leur substance.
Maurras expliquant en conclusion d’un texte interminable comment il est devenu royaliste :

[…]
Nous combattrons, comme nous le fîmes toujours, cette anarchie cosmopolite qui remet à des étrangers de naissance ou de cœur le gouvernement de la France, l’anarchie universitaire qui confie l’éducation des jeunes français à des maîtres barbares, les uns juifs, d’autres protestants, lesquels, avant d’enseigner parmi nous, devraient eux-mêmes se polir au contact de la civilisation, de l’esprit et du goût de la France.
[…]
Allons au fond du vrai : parce que, au fond, ce qui nous divise le plus est le régime républicain et parce que cet élément diviseur par excellence est aussi celui qui organise, qui règle et qui éternise l’exploitation du pays qu’il a divisé, l’Action française appelle tous les bons citoyens contre la République.
[…]
Qui veut bien quelque chose en veut la condition. La condition de ce qu’on veut quand on réclame le respect de la religion, ou la paix sociale, ou la restitution de la France aux Français, cette condition préalable, c’est le Roi. Pas de Roi, pas de puissance nationale, pas de garantie pour l’indépendance de la nation. Pas de Roi, pas d’anti-maçonnisme efficace, pas de résistance à l’étranger de l’intérieur, pas de réformes bien conduites ni sérieusement appliquées.

C’est en cela précisément que réside le nationalisme intégral. Il met en ordre les problèmes français, il permet de les comprendre, et ce qu’ils peuvent offrir de contradictoire sans lui s’accorde en lui parfaitement ; par exemple, un Pouvoir central très fort et des Villes, des Provinces, des Corporations entièrement libres, au lieu de se détruire comme en République, se prêtent un appui réciproque et se consolident par l’opération de la monarchie.
[…]
On a remarqué, dans [les] rangs [de l’Action Française], des hommes étrangers à la foi du catholicisme. On n’en signale pas un seul qui n’ait mille fois déclaré que la politique religieuse de notre France est nécessairement catholique et que le catholicisme français ne peut être soumis à un régime d’égalité banale, mais y doit être hautement et respectueusement privilégié.
[…]
Nous apportons à la France la Monarchie. La Monarchie est la condition de la paix publique. La Monarchie est la condition de toute renaissance de la tradition et de l’unité dans notre pays. C’est pour l’amour de cette unité, de cet ordre, que commence aujourd’hui notre guerre quotidienne au principe de la division et du mal, au principe du trouble et du déchirement, au principe républicain.

Maurras mentionnant les traditions en avant-propos d’un texte sur Napoléon :

Nous recherchons les traditions, oui ; mais les traditions de puissance et non de défaite ou de ruine, les traditions générales de notre peuple et non celles de nos familles particulières.

Il ne discute pas en vue de l’accord, celui qui commence par déclarer : « Je vaux mieux que toi », « La tradition des miens doit l’emporter sur celle des tiens ».

Le b-a ba de la méthode nationaliste est de commencer par faire table rase des préférences de cette sorte, et de se placer au seul point de vue utile et pratique : celui de l’intérêt français. De là, on peut opter en toute impartialité et, en toute raison, sans avoir à rien sacrifier absolument, ni radicalement du passé.

Maurras a écrit encore :

Ni linguisticisme, ni racisme : politique d’abord ! Une politique nationale envisage les peuples comme des peuples, non comme des langues ou des sangs. Des races, si l’on veut, mais des races historiques. Entre tous, l’élément biologique est le plus faiblement considéré et le moins sérieusement déterminé. Dès lors, ces déterminations vagues d’une part, ces faibles considérations, d’autres part, ne peuvent porter qu’un effet : l’exaltation des fanatismes d’où sortent les exagérations que le Vatican dénonçait l’autre jour, et l’encouragement aux méprises et aux malentendus d’où procèdent, de la même manière, les mauvaises compréhensions dont le Vatican se plaignait dans le même discours.

Discourant sur l’Empire Colonial ensuite :

Qu’elle soit d’assimilation ou d’association, cette politique de notre ancien régime heurte a angles droits tout ce qui se rabâche dans les groupes prétendument réactionnaires de l’Europe moderne : leur racisme occupe une position tout à fait contraire à l’esprit de nos traditions.

Eh bien ! c’est le racisme qui a tort ; c’est nous, réactionnaires français, qui le déclarons.
[…] 
Quand, par exemple, on considère, dans l’histoire de l’Amérique du Nord, l’anéantissement complet de toute la race indigène par les Anglo-Saxons, on est bien obliger de songer a des péchés d’orgueil, à des péchés d’avarice et d’avidité, à des péchés de cruauté et de haine, aux innombrables homicides qui en ont dérivé.

On ne se mêle pas aux races inférieures, soit ! C’est de la vertu. Mais on les massacre : n’est-ce pas du vice ?

Je ne reproche rien à personne. Chacun a fait ce qu’il a pu ou cru devoir faire. Mais on peut dire que deux systèmes de colonisation sont sortis de l’épreuve historique. L’un a bien des défauts, que la démocratie n’a pas manqué d’aggraver en le systématisant, en donnant à ce qui est exceptionnel ou naturel les allures d’un absurde devoir : que les races puissent se mêler d’accord ! qu’elles le doivent, pourquoi ?… Mais, face aux excès et aux abus du système français, il faut voir de près ce qu’il y a d’erroné dans l’essentiel du régime anglo-saxon ou germanique : dur, farouche, distant, systématiquement opposé à tout rapprochement, fût-il imploré par le plus légitime amour !…

Faisons la synthèse de ce que nous venons de voir et analysons :

Maurras identifie correctement l’intérêt national comme but premier, et dit vouloir fonder ses principes sur la raison.
Maurras et son mouvement prônent le royalisme, et l’affirment indispensable. Maurras n’explique pourtant sa conversion au royalisme que par la meilleure évolution de l’Angleterre et l’Allemagne, ayant eux conservés une forme monarchique. Son argumentaire ici est faible, et c’est devenu évident aujourd’hui : la royauté anglaise n’a guère changée depuis son époque, mais le pays s’est transformé en cloaque multiracial.
Le catholicisme est présenté comme central. On peut voir cela comme une étape nécessaire pour attirer le soutien des masses catholiques qui existaient alors, mais cela va plus loin.
Ils entendent rechercher les traditions.
L’importance fondamentale des soubassements biologiques d’une civilisation est niée.
Le racisme est rejeté par Maurras, le métissage par amour est jugé acceptable.
La conclusion est claire : sous couvert de nationalisme et de raison, Maurras et l’Action Française étaient pour l’essentiel des réactionnaires traditionalistes, des qualificatifs qu’ils n’auraient d’ailleurs pas rejetés.

 

Les différences entre traditionalisme et nationalisme

 

Le traditionalisme valorise les coutumes non selon la mesure objective de leur apport à la nation, mais en fonction de leur ancienneté et de la durée pendant laquelle elles ont perduré.

La France eut un roi pendant treize siècles : ils en concluent qu’il faut nécessairement à la France un roi.

La France fut catholique pendant quinze siècles : ils en concluent que la France doit être nécessairement catholique. Ce ne sont là que les traditions les plus imposantes. Il y en a une myriade d’autres à sauver.
Le traditionaliste croit que l’oubli de la tradition est la cause de la décadence et que seul le retour à cette tradition peut nous sauver du déclin. On notera que ce mal frappe aussi très largement des personnes se considérant « païennes » – comme Varg Vikernes qui croit que l’immigration africaine est une punition de mère Nature pour expier le péché de la technologie inventée par les blancs.
Le traditionalisme tend aussi, en pratique, à favoriser l’apparence plutôt que la substance [Note de Suavelos : affirmation très contestable]. Et cela, c’est l’observation des peuples du monde qui nous l’enseigne : des rites peuvent perdurer des siècles durant alors que leur sens originel a déjà été oublié de tous.
Ayant tôt fait de perdre les principes qui avaient guidé l’établissement des traditions, le traditionalisme ne peut pas empêcher une corruption progressive qui mène à la chute inexorable.

Le nationalisme part d’un principe fondamental : l’absolu, c’est l’intérêt de la nation. Dans une conception raciale, on voit une série de priorités…

quand la race est en danger, priorité à la race ; quand la race va bien, priorité à la nation. C’est le fruit d’une réflexion logique.
Le nationalisme reconnaît que les traditions qui ont pu perdurer à travers les siècles l’ont souvent – mais non toujours – fait parce qu’elles se fondaient sur une réalité immuable. Les traditions de notre peuple sont un sujet d’études et d’inspiration. Mais elles ne doivent pas avoir valeur sacrée.
Le nationalisme cherche à accéder de son mieux à la réalité objective, car c’est de là que l’on peut élaborer les meilleures solutions pour pérenniser la nation. Il peut adopter tout ou partie des traditions anciennes, mais il est aussi capable de reconnaître celles qui sont inadaptées et doivent être écartées ou réformées. Il est aussi prêt à élaborer de nouvelles traditions à partir des principes fondamentaux auxquels il se réfère.
Mais jamais ces traditions ne doivent prendre la prééminence sur les principes ; elles ne doivent en être que l’émanation.

 

Conclusion

 

En conclusion plus particulière, on dira que Charles Maurras et l’Action Française se plaisaient à se considérer nationalistes mais qu’ils étaient dans l’erreur à ce sujet. Certaines tendances national-catho-royalistes qui sont leurs héritières perpétuent ce manque de lucidité, en ayant abandonné les meilleurs principes de leurs aïeuls – Maurras au moins, par exemple, souhaitait expurger la France des Juifs.
En conclusion générale et éternelle, on dira que le traditionalisme est une doctrine erronée dans une perspective nationaliste, une doctrine qui veut la perpétuation de traditions du seul fait de leur longue existence, et non de leur utilité pour la nation, seul critère retenu par le nationalisme authentique.

 

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