Même les bobos gauchistes du Huffington Post le disent !

Les inégalités territoriales menacent notre société et nourrissent l’extrême droite Un TER Aquitaine à Itxassou, sur la ligne entre Bayonne et Saint-Jean-Pied-De-Port, dans le sud-ouest de la France, le...
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Les inégalités territoriales menacent notre société et nourrissent l’extrême droite

Un TER Aquitaine à Itxassou, sur la ligne entre Bayonne et Saint-Jean-Pied-De-Port, dans le sud-ouest de la France, le 22 novembre 2015.

 

 

Nous devons cesser par exemple d’investir des milliards en faveur de lignes ferroviaires à grande vitesse, qui traversent mais n’irriguent pas les territoires.

La récente victoire de Donald Trump est aussi l’expression de la colère sourde d’une Amérique déclassée, de territoires en souffrance dont le sentiment d’abandon est profond. Ce constat est également d’une brûlante actualité, de l’autre côte de l’Atlantique, à quelques mois de l’élection présidentielle française.

 

L’aménagement du territoire, tel que pratiqué depuis quelques décennies en France, a conduit à un émiettement méthodique du territoire national. Ce morcellement commence par la façon même dont on nous invite à comprendre notre pays. En effet, la grille de lecture qui s’est imposée progressivement aboutit à classer les citoyens par catégories artificielles: urbains, ruraux, semi-ruraux, rurbains, banlieusards, péri-urbains… Cette facilité intellectuelle est finalement devenue la boussole de toutes les décisions politiques en lien avec l’aménagement du territoire.

Le principe d’efficacité territoriale et d’optimisation économique est sur le point de prendre définitivement le pas sur la justice territoriale et le bien-être des populations.

Cette approche parcellaire est devenue particulièrement funeste au moment où nous devons collectivement faire face à une profonde crise économique, sociale et environnementale. Dans ce contexte de tension, une tentation grandissante est d’imaginer qu’il y aurait, d’un côté, des métropoles surdimensionnées et mondialisées au sein desquelles la richesse serait produite, et de l’autre, des espaces dortoirs ou récréatifs condamnés à bénéficier d’une redistribution, d’une économie de seconde division. Le seul principe d’efficacité territoriale et d’optimisation économique est sur le point de prendre définitivement le pas sur la justice territoriale et le bien-être des populations.

Ces inégalités territoriales ne sont pas uniquement un concept abstrait mais se traduisent par la disparition des services publics et le départ d’entreprises.

Ces inégalités territoriales ne sont pas uniquement un concept abstrait, émanant de quelques géographes ou sociologues, mais se traduisent, pour un nombre croissant de territoires, par la disparition des services publics, des difficultés d’accès aux soins, la destruction de commerces de proximité et le départ d’entreprises en raison d’un écosystème local, social et économique anéanti. Le sentiment d’abandon et d’injustice traverse ces espaces géographiques et ces derniers deviennent le creuset de la désespérance. La création de fossés infranchissables entre les territoires de notre pays est aujourd’hui une bombe à fragmentation qui menace notre cohésion sociale et nourrit la montée de l’extrême droite. Il suffit pour s’en persuader de s’attarder sur l’évolution de la carte électorale du Front National.

 

Il est donc temps de ne plus aménager les territoires mais bien de les « ménager », d’en prendre soin. Dans deux registres différents, les derniers ouvrages de Sylvain Tesson (1)et d’Olivier Razemon (2) soulignent la nécessité de briser ce sentiment de relégation et de dépossession qui s’enracine. L’enjeu d’un maillage du territoire par des centres-bourgs revitalisés est aujourd’hui un enjeu politique prioritaire. L’urgence est de recréer sur ces territoires, placés actuellement à la marge de la République, des pôles de centralité visant, d’une part, à dynamiser l’économie des bassins de vie, et d’autre part, à améliorer la qualité de vie quotidienne des populations par une accessibilité facilitée aux services de base.

Nous devons rompre avec cette idée qui consiste par exemple à investir des milliards en faveur de lignes ferroviaires à grande vitesse, qui traversent mais n’irriguent pas les territoires, et concentrer l’investissement public sur la renaissance des villes petites et moyennes. Les énergies renouvelables, l’agriculture biologique, le numérique, le développement du télétravail ou encore l’écotourisme sont autant de leviers qui ne demandent qu’à être amorcés au service de territoires en déprise. La transition écologique est une formidable opportunité pour amorcer cette politique de réconciliation territoriale sans laquelle nous n’enrayerons pas l’érosion du modèle républicain.

(1) « Sur les chemins noirs » Sylvain Tesson (Edition Gallimard, 2016)

(2) « Comment la France a tué ses villes » Olivier Razemon (Edition Rue de l’échiquier, 2016)

 

 

Source : Huffington Post (Le Monde).

Autheur : Nicolas Thierry

 

 

 

Captain Désanusator

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