Littérature, sexe et genre

François Sanders, nouvelle plume chez Suavelos

 

Un collègue me parlait d’échecs, ce midi. Inévitablement, nous évoquons LE JOUEUR D’ECHECS de Stefan Zweig.
Je lui déclare que j’ai beaucoup lu Zweig après qu’il m’a demandé ce que j’en pensais. J’aime beaucoup ses biographies, comme Sarkozy les aime (si, si, il l’a dit), mais moins ses romans.

 
Zweig est un écrivain bourgeois, trop pour moi. C’est un écrivain de femmes, lui dis-je.

Celui que j’aime, c’est Malaparte, lui, c’est un grand écrivain. De même que Céline. Tous deux parlent de la mort comme personne au XXème siècle. Or, c’est ce que je cherche en littérature. En tant qu’homme, je ne serai jamais rattaché à la vie qu’envers moi, à la différence d’une femme qui verra dans son enfant une prolongation concrète de sa chair. Pour moi, la vie reste une abstraction, ou une sensation inaboutie qui tourne en boucle sur elle-même. D’une certaine façon, les crimes d’Onan sont une affaire virile. Alors je me tourne vers la mort, sans logique aucune, ni savoir pourquoi, même si je me doute qu’il y a de l’Eros et du Thanatos là-dedans, et que ca change un peu de l’onanisme.
Je crois vraiment qu’il existe des écrivains d’hommes, et que les plus fins chez ceux-là sont ceux qui parlent le mieux de la mort.

Et de même, je dis qu’il existe des écrivains de femmes, lesquelles se tournent vers la vie, avec le même instinct que les écrivains qu’elles préfèrent lire, et qui la glorifient. C’est très concret chez elles, c’est biologique. Elles n’aiment généralement pas Malaparte ni Céline, mais elles adorent Zweig, bien qu’il se soit suicidé pour fuir un monde dans lequel il ne trouvait plus sa place, ou elles aiment son pendant hongrois, Sándor Márai, ou bien Romain Gary, voilà encore un écrivain de femmes !

 

 

Je reconnais le sexe d’un écrivain à sa plume, même si j’ai peu lu de femmes écrivains. Il en est une dont l’écriture frappe par ce qu’elle contient de féminité. C’est Irène Némirovsky (à découvrir). Sa phrase est comme par instinct féminine. Ses livres sont justes et souvent beaux, et puis comme tout grand écrivain, elle écrit toujours le même livre en modulant autour de grands thèmes.

 
Je n’ai jamais lu Marguerite Yourcenar, en revanche. Je devrais, ne serait-ce que pour voir ce que donne le plus masculin des femmes écrivains. Je suis certain qu’il serait très intéressant de chercher ce que son style contient de saphique. Cela paraît idiot mais cette lesbienne fut suffisamment torturée pour n’aimer qu’un seul être dans sa vie, un inverti, et c’était André Fraigneau, écrivain et éditeur qui collabora en 40 et participa au voyage de Weimar.

C’est pour cela que je sens que son écriture vaut le détour.

Je commencerai évidemment par les MEMOIRES D’HADRIEN. Les gens prétendent en général que Yourcenar est l’inventeur du journal apocryphe dont les MEMOIRES D’HADRIEN ont consacré le genre. L’écrivain se met dans la peau d’un personnage historique à partir duquel il porte un regard extérieur sur la vie…

 
C’est un procédé artistique original qui fut néanmoins créé par Fraigneau. Il écrivit trois journaux apocryphes qui précédèrent celui de Yourcenar. Elle lui a volé l’idée, donc. Mais peu importe quand une lesbienne pille l’intelligence d’un collabo… puis, on mettra cela sur le compte de la vengeance d’une femme éconduite qui n’écrivit qu’un seul poème, plein de rage, de rancœur, et d’amour transformé en haine, et qu’elle destinait à André Fraigneau, le malotru, qui devait « payer ». Ce fut lui qui la publia.

 

 

François Sanders

 

 

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