L’Etat, l’extrême-gauche, l’extrême-droite, et la police

ACAB et autre anti-flicisme de salon.

Premier constat : dans tous les pays du monde, et la France ne fait pas exception, la police et l’armée sont légalistes. Si en Afrique ou en Amérique Latine, par exemple, l’allégeance au pouvoir peuvent être remises en cause, c’est parce qu’elle est tribale (comprendre : ethno-raciale). Mais dans le fond, un policier, un militaire, comme un électricien, un plombier, un épicier ne pense qu’à manger. Et dans son cas précis, comme tous les fonctionnaires, l’Etat est la source de son gagne-pain. Voilà pourquoi les policiers et les militaires sont légalistes et aiment l’ordre_et suivent celui-ci, et LES ORDRES, ceux des préfets, des ministres et autres. Dans les pays « démocratiques » qui sont les nôtres, ils peuvent bien entendu avoir un avis politique, voter, encore que, concernant les militaires, le droit de vote ne leur ait été accordé qu’après les femmes…

 

Quand on a établi ce constat, il est illusoire de croire en 2016 au putsch militaro-policier. Croire à des contacts, des coups de main ponctuels voire au moment décisif lors dudit putsch est déjà plus lucide. Mais s’engager dans un complot visant à faire s’effondrer toute la machine politico-administrative qui vous nourrit, c’est pour un militaire ou un policier impensable.

 

Comprenez par conséquent que comme les sus-évoqués électricien, plombier ou épicier, ceux-ci ne font (hélas) que leur travail quand ils vous cassent la figure, apprentis révolutionnaires d’extrême droite ou d’extrême gauche. J’utilise d’ailleurs à dessein ces termes car ils sont ceux que les médias vous collent à la peau : peu importe que vous vous revendiquez « anarchistes », « royalistes », « nationalistes », « catholiques », « apolitiques », etc. Si votre projet politique et social dérange l’ordre républicain et démocratique en place, il y aura une réponse policière immédiate.

 

Et tout ceci n’est que théâtre : la République, c’est Créon, de Sophocle. La question est donc : qui sera Antigone, c’est-à-dire qui saura (qui pourra) incarner la figure de légitimité face à un pouvoir politique légal mais de moins en moins légitime. Ceci est une autre question.

 

Par conséquent, la position de notre rapport à la police (et aux autres forces de l’ordre) doit être nuancée, mesurée : un soutien aveugle en deviendrait absurde, et nous ferait perdre de vue notre projet révolutionnaire. Cependant, ne pas condamner les violences elles aussi aveugles dont elles sont victimes, serait stratégiquement néfaste. En effet, il faut bien être conscient que de part leur légalisme, si nous arrivons à nos fins (la prise du pouvoir politique), nous aurons besoin d’elles. Et tous les policiers, militaires et gendarmes ne pourront pas adhérer à la totalité des idées que nous promouvons aujourd’hui à la radio, sur internet, dans les journaux, ou dans la rue. Ce qui nous protégera, c’est précisément ce qui nous gêne aujourd’hui : leur légalisme.

 

Usons donc avec mesure des slogans « ACAB » quand bien même la police nous inspirerait méfiance, voire haine.

 

La Chouette Aveugle

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