Éloge réactionnaire de la transgression

La nature réactionnaire de la véritable transgression

Imaginez un mouton dans un champ. L’herbe est abondante, grasse, et verte. Le champ est délimité par une clôture. Et de l’autre côté de la clôture, des fleurs. Elles sentent bon, elles sont peu nombreuses et surtout, elles sont interdites d’accès par la clôture. Mais parfois, en tendant le cou et ses ovines lèvres, en tordant le cou d’une manière un peu comique, notre gros et gras mouton réussit, délicieux sacrilège, à sortir la tête du champ, et à grignoter quelques unes de ces délicieuses fleurs.

 

Imaginez maintenant que le paysan enlève la clôture. Le mouton est tout d’abord heureux de pouvoir dévorer les fleurs ! Hélas, celles-ci vont vite disparaître, sous son appétit et ses assauts gourmands ! Las, le mouton ne pourra plus se satisfaire ni de l’herbe grasse, trop simple et fade, ni des fleurs, disparues dans son ventre d’herbivore boulimique. 

 

A présent, remplacez le mouton par l’être humain, la clôture par les normes sociales, l’herbe par l’ensemble des pratiques culturelles normales et traditionnelles, et les fleurs par les pratiques « anormales » (au sens sociologique et anthropologique du terme) ou déviantes, c’est-à-dire celles que la société tolère mais qui relèvent du privé, du secret bien gardé, etc. Je prendrais pour exemple certaines pratiques sexuelles, comme le sadomasochisme.

 

Dans une société saine, la norme interdit la pratique ouverte de ces déviances pour deux raisons. La première est le bien commun ; les sociétés religieuses rajoutent le Salut des âmes des fidèles. La seconde est individuelle : l’intérêt du plaisir de la transgression de la norme réside précisément dans l’existence de cette norme. Il y a du plaisir à transgresser la norme ponctuellement et dans le privé justement parce qu’il existe une norme, comme dans l’histoire du mouton. Si demain il est permis de se promener nu dans la rue, quelle serait alors la raison d’être des nudistes ? 

 

C’est pourquoi le vrai transgressif est par nature réactionnaire s’il veut rester cohérent : il veut que la norme continue d’être, pour pouvoir la transgresser, choquer le bourgeois en lui riant au nez, comme le firent Oscar Wilde ou Karl Lagerfeld, qui s’est récemment déclaré violemment opposé au mariage homosexuel et à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels (pour ceux qui ne suivent pas mon exposé, il est homosexuel lui-même). Le libertaire, lui, veut l’abolition de la norme car il est un progressiste, il ne veut pas transgresser, il veut « accompagner » ce qu’il estime être un progrès ; il faudrait débattre de la validité réelle d’un progrès comme celui de la Gay Pride aujourd’hui…  

 

Le Hibou Royco

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