Complauchisme

Quand les conspirateurs deviennent conspirationnistes

Un nouvel article de Bastien sur Bataklan, très bon comme d’habitude. La pègre du septième art deviendrait-elle conspirationniste (qui a dit antisioniste ?) pour expliquer l’échec total du Vivre-Ensemble ? De quoi faire parler chinois un fanboy soralien.

Y.M.

Si vous n’avez pas vu Zootopie et que vous ne souhaitez pas en connaître la fin, ne lisez pas cet article.

 

Ce film de Disney se déroule dans un monde uniquement composé d’animaux dans lequel on suit le destin de Judy, une jeune lapine issue d’une famille de fermiers dont le rêve est de quitter son village pour s’installer dans une gigantesque ville afin de devenir agent de police. Lorsqu’elle arrive dans cette capitale, Zootopie, elle constate que toutes les espèces et races d’animaux y sont représentées, contrairement à sa campagne d’origine essentiellement composée de lapins comme elle. Ici il existe des quartiers de rongeurs, de reptiles et de félins, puis d’autres pour les éléphants, les lions, les moutons… chaque coin de la ville possède une urbanisation adaptée à la taille et aux pratiques du type d’animaux qu’il abrite, et dans les institutions – à commencer par son commissariat de police – tout le monde est mélangé, bref des plus petits aux plus grands, tous ces animaux vivent ensemble dans la joie et dans la différence.

 

Mais évidemment, des préjugés existent. Les parents de Judy par exemple ne cessent de la mettre en garde sur skype depuis leur trou paumé contre les renards, qui jouissent d’une très mauvaise réputation chez les lapins. Pourquoi ? Parce que le monde de Zootopie nous est présenté comme suit : en des temps immémoriaux les animaux carnivores étaient des « prédateurs » et dévoraient les herbivores, dans l’ancien temps appelés les « proies ». Depuis, les siècles d’évolution ont permis de rendre tous les animaux civilisés, au point de rendre la dualité prédateur/proie obsolète. Malgré la persistance de vieilles craintes chez certains herbivores, les choses se passent bien et les concepts de chasse et de chaîne alimentaire appartiennent aux livres d’histoire.

 

Sauf qu’aujourd’hui, Judy est chargée d’enquêter sur plusieurs disparitions mystérieuses dans la ville depuis plusieurs semaines. Entre temps, la jeune policière lapine est devenue amie avec un renard nommé Nick, petit voleur rusé mais pas méchant du tout, qui sera utile pour sa connaissance et ses réseaux dans Zootopie.

 

Alors que l’enquête avance, Judy et Nick découvre que les animaux disparus sont en fait enfermés dans un sous-sol mais surtout qu’ils sont devenus très agressifs. En fait, ce sont des carnivores qui semblent être retournés à l’état sauvage, ce que personne n’avait vu depuis des siècles. Mais ce n’est pas tout : c’est le maire de la ville, un vieux lion, qui les garde cachés ici afin de ne pas provoquer une panique générale dans la population.

 

Judy révèle alors à la presse ce qu’il se passe vraiment, elle répond aux questions des journalistes et admet qu’en effet, de plus en plus d’animaux carnivores – uniquement eux – reviennent à leur nature profonde, et demande aux herbivores de se protéger de ce danger. Le maire est alors destitué et Nick s’empresse de dire à Judy qu’elle n’aurait pas dû tenir ce discours devant les caméras, qu’à cause d’elle les gentils carnivores comme lui seront stigmatisés, et que c’est vraiment pas cool.

 

Suite à cela, les agressions se multiplient. Chaque jour sur les chaînes d’information de Zootopie on voit un nouveau carnivore redevenu prédateur dévorer des victimes herbivores. Judy décide alors de repartir à la campagne, triste et déçue par la belle ville cosmopolite de Zootopie qui s’avère être un véritable cauchemar. Elle se résigne, au fond les carnivores restent des carnivores, les renards restent des renards : ses parents agriculteurs avaient raison. Sauf qu’au milieu de son terroir elle se rend compte qu’un des noms qu’elle avait découvert pendant son enquête est en fait le nom d’une fleur empoisonnée ! Elle retourne alors immédiatement à Zootopie.

 

Là elle met à jour une conspiration politique : c’est en fait une assistante du vieux maire qui a tout manigancé pour prendre sa place. En réalité c’est elle et ses sbires qui se servent de cette fleur empoisonnée pour infecter les animaux carnivores et les faire retourner à l’état de prédateur, afin de terroriser la population et s’imposer comme la figure autoritaire de la ville et asseoir son pouvoir. Diviser pour mieux régner, c’était donc cela.

 

Je vous passe la fin mais vous vous doutez que Judy et Nick parviennent à arrêter cette folle fascisante et que Zootopie redevient un endroit où le rêve du vivrensemble est bien une réalité, tout est bien qui finit bien.

 

***

 

Rarement on aura vu un message politique aussi subtil chez Disney que celui de Zootopie. Le film ne se contente pas de nous montrer une ville multiculturelle où tous les gens vivent heureux dans le respect et la différence car il sait que ce n’est plus d’actualité. S’il était sorti il y a 25 ou 30 à la limite il aurait pu, mais ce Disney vient des années 2010. Notre génération sait bien ce qu’est la réalité des grandes villes occidentales, on ne peut plus lui mentir grossièrement, ce ne serait tout simplement plus crédible. Les grands studios américains décident donc de nous expliquer non pas que tout va bien, mais de nous expliquer pourquoi ça va mal.

 

Si certains citoyens en massacrent d’autres ce n’est pas de leur faute, ça n’a rien à voir avec des incompatibilités fondamentales ou des haines bien réelles, c’est à cause d’une poignée de pourris qui « montent les gens les uns contre les autres ». C’est la faute d’une force politique et médiatique dont il suffirait de se débarrasser pour que les problèmes disparaissent. C’est cette idée qui est défendue et assumée par Zootopie, et elle résume tellement de choses sur notre époque.

 

Lorsque des gauchistes hurlent avec conviction que l’insécurité, les attentats et l’islamisme c’est à cause de BFMTV, l’état d’urgence et Marine Le Pen ils défendent exactement la même idée. Lorsqu’à chaque fois qu’un type se met à massacrer des gens en hurlant Allah Akbar et que l’on voit pulluler sur les réseaux sociaux que « c’est les sionistes », c’est encore la même idée. L’idée qu’il n’y a aucune haine en bas mais seulement de la manipulation en haut, et que sans une poignée de méchants on vivrait tous en paix dans la fraternité. Cette idée réconfortante – puisqu’au final elle estime que le Mal n’existe pas, qu’il n’est toujours qu’un malentendu temporaire, circonstanciel -, cette pensée à mi-chemin entre la lâcheté intellectuelle et la maladie mentale, à mi-chemin entre le gauchisme et le complotisme, c’est le complauchisme.

 

Et ce n’est pas un hasard si les gauchistes font preuve d’une telle mansuétude à l’égard de l’islam, précisément parce qu’ils partagent ce besoin absolu de certitudes, de vérités simples et de pensée à système, car c’est trop compliqué d’analyser les rapports de force que nos yeux nous montrent chaque jour dehors, d’avoir la virilité de les appréhender frontalement, honnêtement, d’admettre la profondeur et l’épaisseur de la guerre qui est en cours, parce que c’est bien plus facile de définir un grand responsable unique pour mieux disculper tous les autres, pour mieux tolérer toute la violence du quotidien, sa banalité, toutes les saloperies que personne n’a commanditées.

 

Le Coran croit en un monde bien rangé où aucun conflit n’est possible, d’où son titre autoproclamé de « religion de paix » : si conflit il y a alors c’est parce que le monde n’est pas encore entièrement musulman, d’où la nécessité du djihad. La gauche croit en un monde où l’homme est bon par nature, au mythe du bon sauvage qui ne peut pas être violent et s’il l’est, alors c’est que la société, les dirigeants l’ont perverti. Dans les deux cas, nous sommes manipulés. La voilà, l’union sacrée des faibles d’esprits d’ici et d’ailleurs, voilà sur quelle idéologie repose vraiment ce qu’on appelle la compatibilité entre l’islam et la république. L’islamisation s’est d’abord faite dans les têtes avant de se faire dans les rues.

 

***

 

À l’heure où j’écris ce texte François Hollande vient de prononcer un discours d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice en affirmant que « la violence crée la division ». En d’autres termes si les centaines de morts sont certes regrettables, le véritable danger qui nous guette c’est de se diviser. Comme si au moment où 40% des jeunes musulmans de France approuvent l’Etat islamique, la séparation nette et franche entre eux et le reste de la communauté nationale – d’un mot la division – n’était pas devenue une urgente nécessité. « la violence crée la division », comme si la vérité n’était pas précisément inverse : c’est la division de nos sociétés par l’immigration musulmane massive qui a rendu possible une telle violence. Quand je pense que certains complauchistes pensent sincèrement être des dissidents. Lorsque le Président de la République et Disney ont le même discours que vous, il faudrait se poser des questions.

 

Peut-être qu’il est trop tard. Peut-être que les Français sont majoritairement atteints d’une maladie incurable qui fait que pour eux, changer d’avis est plus douloureux qu’une rafale de kalachnikov. Peut-être qu’on est condamnés à voir nos chefs d’Etat expliquer à des gamins en fauteuil roulant qu’il ne faut pas stigmatiser, en direct à la télévision, et être applaudis pour ça. Ou peut-être que nous nous réveillerons, je ne sais pas. Les prochains mois nous le diront.

 

Bastien de Bataklan

Share on FacebookTweet about this on Twitter
Soutenez le site en partageant cet article